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Stress au travail

Entraînement cérébral : que peut-il pour votre concentration ?

Entraînement cérébral et concentration au travail : ce que montre la recherche, quatre familles d'exercices, un rituel de 15 minutes et ses limites.

Nora Girard

Par

· 9 min de lecture

Entraînement cérébral : que peut-il pour votre concentration ?
Photo : Pavel Danilyuk / Pexels

Des outils comme le programme Kogitia, entraînement cérébral en séances d’environ quinze minutes proposent des exercices d’attention, de mémoire, de logique et de langage, sur écran ou sur fiches papier. Pratiqués chaque jour, ce type d’exercices vous rend plus rapide sur les tâches entraînées. Il ne règle pas, à lui seul, une concentration qui s’effrite sous la pression du travail.

C’est la réponse honnête que donne la recherche, et elle mérite d’être connue avant de choisir un outil. Cet article fait le point sur ce qu’un tel rituel peut vous apporter quand le travail vous fatigue, et sur ce qu’il ne fera pas à votre place.

Quand le stress au travail use l’attention

Oublier une pièce jointe, relire trois fois le même paragraphe, perdre le fil d’une réunion : ces petits ratés sont souvent le premier signe que la charge devient lourde. Ils ne disent rien de vos capacités. Ils disent que vos ressources sont sollicitées au-delà de ce qu’elles peuvent fournir.

L’INRS le décrit clairement dans sa page consacrée aux effets du stress sur la santé (mise à jour du 7 juin 2023). Parmi les signes intellectuels d’un stress qui dure, l’institut cite une « perturbation de la concentration entraînant des erreurs et des oublis » et des difficultés à prendre des initiatives ou des décisions.

Le cadre de travail pèse aussi. La chercheuse Gloria Mark, qui observe depuis vingt ans la façon dont les salariés utilisent leurs écrans, mesure dans son livre Attention Span (2023) une durée moyenne d’environ 47 secondes sur un même écran avant de basculer vers autre chose. Ses travaux sur la reprise d’une tâche interrompue donnent un délai moyen d’environ 25 minutes avant d’y revenir, le temps de traiter d’autres sollicitations entre-temps. C’est une moyenne d’observation, pas une règle.

Autrement dit, une partie de votre difficulté à vous concentrer vient de l’organisation de la journée, pas de votre cerveau. Nos 8 techniques pour mieux vous concentrer au travail partent justement de ce constat.

Entraînement cérébral : ce que la recherche confirme, et ce qu’elle ne confirme pas

La synthèse de référence reste celle de Daniel Simons et de six coauteurs, publiée en octobre 2016 dans Psychological Science in the Public Interest sous le titre « Do “Brain-Training” Programs Work? ». Les chercheurs ont passé en revue les études citées par les éditeurs de programmes d’entraînement.

Leur conclusion tient en deux temps. D’abord, l’entraînement améliore bien les performances sur les tâches entraînées, et un peu sur des tâches très proches. Ensuite, les preuves d’un effet sur des activités éloignées du quotidien, comme la conduite ou le travail, restent faibles. Les chercheurs appellent cela le « transfert ».

Les autorités ont tiré les mêmes leçons. En janvier 2016, la Federal Trade Commission américaine a obtenu de l’éditeur de Lumosity le versement de 2 millions de dollars pour des publicités jugées trompeuses. Elles laissaient entendre que ses jeux aidaient à mieux réussir au travail et à l’école, sans preuve scientifique suffisante.

Le saviez-vous ?
Dans ses lignes directrices publiées le 15 juillet 2026, l’Organisation mondiale de la santé retient l’entraînement cognitif, la stimulation cognitive et la participation à des activités sociales parmi les mesures utiles aux adultes dont la cognition est normale ou légèrement altérée. Elle les place aux côtés de l’activité physique, de l’arrêt du tabac et d’une alimentation saine.

Ce que l’on peut retenir, c’est qu’un entraînement régulier est une activité utile pour garder l’esprit actif. Mais il ne rend pas « plus concentré au bureau » par un effet direct et garanti. Choisissez un outil honnête sur ce point : un programme qui promet de doper votre carrière en dit plus que ce que la science permet.

Attention et habitudes : quatre repères chiffrésDurée moyenne d’attention sur un même écran avant de basculer (Gloria Mark, 2023)47secondesTemps moyen pour revenir à une tâche interrompue (Gloria Mark, Attention Span, 2023)25minutesTemps médian pour qu’un nouveau geste devienne automatique (Lally et al., 2010)66joursDurée la plus longue estimée pour installer un geste chez un participant (Lally et al., 2010)254joursSource : Gloria Mark, Attention Span, 2023 · Lally et al., European Journal of Social Psychology, 2010, consulté le 25/09/2026

Ces quatre chiffres expliquent une chose simple : l’attention se protège par l’organisation, et un nouveau rituel met du temps à s’installer. L’étude de Phillippa Lally et de ses collègues, menée sur 96 volontaires, estime une étendue très large, de 18 à 254 jours selon les personnes et les gestes.

Attention, mémoire, logique, langage : quatre familles d’exercices

La plupart des programmes grand public répartissent leurs exercices en grandes familles. Les connaître vous aide à choisir ce qui vous sert, plutôt que de jouer au hasard.

L’attention et la concentration. Il s’agit de repérer une cible parmi des distracteurs, de compter vite ou de réagir au bon signal. C’est la famille la plus proche de ce que vous vivez devant une boîte mail qui déborde.

La mémoire. Retenir une suite de chiffres, retrouver une forme, rappeler une image vue quelques secondes plus tôt : ces exercices sollicitent la mémoire de travail, celle qui garde une information en tête le temps de s’en servir.

carnets de sudoku ouverts sur une table avec un stylo et une tasse de café
Sudoku, mots croisés, grilles à compléter : le papier reste un bon support pour une pause loin des écrans. Photo Natasa Pecanac / Pexels.

La logique et le raisonnement. Sudoku, carrés magiques, calcul mental : la déduction pas à pas oblige à ralentir. Beaucoup de salariés y trouvent une coupure bienvenue entre deux tâches pressantes.

Les mots et le langage. Mots croisés, anagrammes, mots à trouver : ces exercices font travailler le vocabulaire et la fluidité verbale. Ils se prêtent bien aux fiches imprimées, à emporter dans le train ou à la pause de midi.

Le support compte autant que l’exercice. Après une journée devant l’ordinateur, une fiche papier permet de faire une pause sans rester devant un écran. Un programme qui propose les deux formats vous laisse choisir selon votre fatigue du moment.

Installer un rituel court sans alourdir la journée

Le piège, quand on est déjà fatigué, est de transformer une bonne idée en obligation de plus. Un entraînement cérébral n’a d’intérêt que s’il reste léger, régulier et placé à un moment où il ne vole pas de temps de repos.

Trois moments possibles pour une séance courteUne mise en routeQuelques exercices d’attention pour démarrer la journée, avant que les notifications ne prennent la main.Une vraie coupureUne grille de logique ou de mots, de préférence sur papier et loin du poste de travail, pour changer d’activité plutôt que de prolonger l’écran.Un signal de clôtureUne séance brève pour marquer la fin du travail, puis on s’arrête : l’exercice ne doit pas empiéter sur la soirée ni sur le sommeil.

Trois repères simples aident à tenir dans la durée. Gardez la séance courte : un quart d’heure suffit largement. Placez-la toujours au même moment, car c’est la répétition qui installe l’habitude. Et acceptez de sauter un jour : l’étude de Lally montre qu’un oubli ponctuel ne compromet pas la formation de l’habitude.

Les ligues, les séries et les points que proposent certaines applications peuvent motiver. Surveillez simplement l’effet sur vous. Si le classement devient une source de pression supplémentaire, désactivez-le ou revenez au papier.

Ce que l’entraînement cérébral ne remplace pas

Le premier allié de la concentration reste le sommeil. Santé publique France relevait en 2019, à partir de son Baromètre santé 2017, un temps de sommeil moyen de 6 h 42 par 24 heures les jours de semaine chez les 18-75 ans (12 637 personnes interrogées), en dessous des 7 heures généralement conseillées aux adultes. Aucun exercice ne compense une dette de sommeil installée.

salarié assis à son bureau qui se frotte les yeux de fatigue
Quand la fatigue s’installe, le repos passe avant tout exercice de concentration. Photo MART PRODUCTION / Pexels.

Viennent ensuite les pauses réelles, loin du poste, et l’organisation du travail : moins d’interruptions, des plages sans messagerie, des priorités clarifiées avec votre responsable. L’INRS rappelle que la prévention du stress passe d’abord par l’organisation du travail, pas par les seuls efforts individuels.

Enfin, si les oublis et les erreurs s’accompagnent d’un épuisement qui dure, d’un sommeil perturbé ou d’une envie de tout arrêter, ce n’est plus une question d’entraînement. Notre page sur la fatigue nerveuse et celle sur le stress chronique vous aident à faire le point.

Parlez-en à votre médecin traitant. Vous pouvez aussi solliciter vous-même le médecin du travail, sans passer par votre employeur : l’échange reste confidentiel. En cas de détresse, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 h/24 et 7 j/7.

Questions fréquentes

1L’entraînement cérébral améliore-t-il la concentration au travail ?
Il améliore surtout les performances sur les exercices pratiqués, et un peu sur des tâches proches. La synthèse de Simons et de ses coauteurs (2016) juge faibles les preuves d’un effet direct sur des activités éloignées, comme le travail de bureau. C’est une activité utile pour garder l’esprit actif, pas une solution à une concentration usée par la charge de travail.
2Combien de temps faut-il s’entraîner chaque jour ?
Une séance courte, de l’ordre d’un quart d’heure, suffit pour installer un rituel sans alourdir la journée. La régularité compte davantage que la durée : l’étude de Lally et al. (2010) situe à 66 jours en médiane le temps pour qu’un geste répété devienne automatique, avec de fortes différences d’une personne à l’autre.
3Vaut-il mieux s’entraîner sur écran ou sur papier ?
Les deux ont leur place. L’écran permet des exercices chronométrés et un suivi des progrès ; le papier offre une pause loin des écrans, appréciable après une journée devant l’ordinateur. Choisissez selon votre fatigue du moment.
4Quand faut-il consulter plutôt que s’entraîner ?
Si les oublis et les erreurs s’accompagnent d’un épuisement qui dure, d’un sommeil perturbé ou d’un mal-être persistant, parlez-en à votre médecin traitant ou au médecin du travail, que vous pouvez solliciter vous-même en toute confidentialité. En cas de détresse, le 3114 répond gratuitement 24 h/24.

En résumé, un entraînement cérébral bien choisi est une pause active et agréable, à condition de ne pas lui demander plus qu’il ne peut donner. Votre concentration dépend d’abord de votre sommeil, de vos pauses et de l’organisation de votre travail.

Sources
INRS, « Stress au travail : effets sur la santé », mise à jour du 07/06/2023 — inrs.fr, consulté le 25/09/2026
D. J. Simons et al., « Do “Brain-Training” Programs Work? », Psychological Science in the Public Interest, vol. 17, n° 3, octobre 2016
Federal Trade Commission, « Lumosity to Pay $2 Million to Settle FTC Deceptive Advertising Charges », communiqué du 05/01/2016 — ftc.gov
Organisation mondiale de la santé, lignes directrices sur la réduction des risques de déclin cognitif, 2e édition, communiqué du 15/07/2026 — who.int, consulté le 25/09/2026
Gloria Mark, Attention Span, Hanover Square Press, 2023
P. Lally et al., « How are habits formed: Modelling habit formation in the real world », European Journal of Social Psychology, 2010
Santé publique France, « Temps de sommeil, dette de sommeil, restriction de sommeil et insomnie chronique des 18-75 ans », Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2019
3114.fr, numéro national de prévention du suicide

Nora Girard

Rédactrice · burn-out, arrêt de travail, stress au travail

Nora Girard suit le burn-out, l'arrêt de travail et le stress au travail : droits pendant l'arrêt, reprise, rôle du médecin du travail. Elle n'est pas médecin : ses articles s'appuient sur l'Assurance Maladie, l'INRS et la Haute Autorité de santé, et renvoient vers un professionnel de santé.

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