Entraînement cérébral : que peut-il pour votre concentration ?
Entraînement cérébral et concentration au travail : ce que montre la recherche, quatre familles d'exercices, un rituel de 15 minutes et ses limites.
Par Nora Girard
Des outils comme le programme Kogitia, entraînement cérébral en séances d’environ quinze minutes proposent des exercices d’attention, de mémoire, de logique et de langage, sur écran ou sur fiches papier. Pratiqués chaque jour, ce type d’exercices vous rend plus rapide sur les tâches entraînées. Il ne règle pas, à lui seul, une concentration qui s’effrite sous la pression du travail.
C’est la réponse honnête que donne la recherche, et elle mérite d’être connue avant de choisir un outil. Cet article fait le point sur ce qu’un tel rituel peut vous apporter quand le travail vous fatigue, et sur ce qu’il ne fera pas à votre place.
Quand le stress au travail use l’attention
Oublier une pièce jointe, relire trois fois le même paragraphe, perdre le fil d’une réunion : ces petits ratés sont souvent le premier signe que la charge devient lourde. Ils ne disent rien de vos capacités. Ils disent que vos ressources sont sollicitées au-delà de ce qu’elles peuvent fournir.
L’INRS le décrit clairement dans sa page consacrée aux effets du stress sur la santé (mise à jour du 7 juin 2023). Parmi les signes intellectuels d’un stress qui dure, l’institut cite une « perturbation de la concentration entraînant des erreurs et des oublis » et des difficultés à prendre des initiatives ou des décisions.
Le cadre de travail pèse aussi. La chercheuse Gloria Mark, qui observe depuis vingt ans la façon dont les salariés utilisent leurs écrans, mesure dans son livre Attention Span (2023) une durée moyenne d’environ 47 secondes sur un même écran avant de basculer vers autre chose. Ses travaux sur la reprise d’une tâche interrompue donnent un délai moyen d’environ 25 minutes avant d’y revenir, le temps de traiter d’autres sollicitations entre-temps. C’est une moyenne d’observation, pas une règle.
Autrement dit, une partie de votre difficulté à vous concentrer vient de l’organisation de la journée, pas de votre cerveau. Nos 8 techniques pour mieux vous concentrer au travail partent justement de ce constat.
Entraînement cérébral : ce que la recherche confirme, et ce qu’elle ne confirme pas
La synthèse de référence reste celle de Daniel Simons et de six coauteurs, publiée en octobre 2016 dans Psychological Science in the Public Interest sous le titre « Do “Brain-Training” Programs Work? ». Les chercheurs ont passé en revue les études citées par les éditeurs de programmes d’entraînement.
Leur conclusion tient en deux temps. D’abord, l’entraînement améliore bien les performances sur les tâches entraînées, et un peu sur des tâches très proches. Ensuite, les preuves d’un effet sur des activités éloignées du quotidien, comme la conduite ou le travail, restent faibles. Les chercheurs appellent cela le « transfert ».
Les autorités ont tiré les mêmes leçons. En janvier 2016, la Federal Trade Commission américaine a obtenu de l’éditeur de Lumosity le versement de 2 millions de dollars pour des publicités jugées trompeuses. Elles laissaient entendre que ses jeux aidaient à mieux réussir au travail et à l’école, sans preuve scientifique suffisante.
Ce que l’on peut retenir, c’est qu’un entraînement régulier est une activité utile pour garder l’esprit actif. Mais il ne rend pas « plus concentré au bureau » par un effet direct et garanti. Choisissez un outil honnête sur ce point : un programme qui promet de doper votre carrière en dit plus que ce que la science permet.
Ces quatre chiffres expliquent une chose simple : l’attention se protège par l’organisation, et un nouveau rituel met du temps à s’installer. L’étude de Phillippa Lally et de ses collègues, menée sur 96 volontaires, estime une étendue très large, de 18 à 254 jours selon les personnes et les gestes.
Attention, mémoire, logique, langage : quatre familles d’exercices
La plupart des programmes grand public répartissent leurs exercices en grandes familles. Les connaître vous aide à choisir ce qui vous sert, plutôt que de jouer au hasard.
L’attention et la concentration. Il s’agit de repérer une cible parmi des distracteurs, de compter vite ou de réagir au bon signal. C’est la famille la plus proche de ce que vous vivez devant une boîte mail qui déborde.
La mémoire. Retenir une suite de chiffres, retrouver une forme, rappeler une image vue quelques secondes plus tôt : ces exercices sollicitent la mémoire de travail, celle qui garde une information en tête le temps de s’en servir.

La logique et le raisonnement. Sudoku, carrés magiques, calcul mental : la déduction pas à pas oblige à ralentir. Beaucoup de salariés y trouvent une coupure bienvenue entre deux tâches pressantes.
Les mots et le langage. Mots croisés, anagrammes, mots à trouver : ces exercices font travailler le vocabulaire et la fluidité verbale. Ils se prêtent bien aux fiches imprimées, à emporter dans le train ou à la pause de midi.
Le support compte autant que l’exercice. Après une journée devant l’ordinateur, une fiche papier permet de faire une pause sans rester devant un écran. Un programme qui propose les deux formats vous laisse choisir selon votre fatigue du moment.
Installer un rituel court sans alourdir la journée
Le piège, quand on est déjà fatigué, est de transformer une bonne idée en obligation de plus. Un entraînement cérébral n’a d’intérêt que s’il reste léger, régulier et placé à un moment où il ne vole pas de temps de repos.
Trois repères simples aident à tenir dans la durée. Gardez la séance courte : un quart d’heure suffit largement. Placez-la toujours au même moment, car c’est la répétition qui installe l’habitude. Et acceptez de sauter un jour : l’étude de Lally montre qu’un oubli ponctuel ne compromet pas la formation de l’habitude.
Les ligues, les séries et les points que proposent certaines applications peuvent motiver. Surveillez simplement l’effet sur vous. Si le classement devient une source de pression supplémentaire, désactivez-le ou revenez au papier.
Ce que l’entraînement cérébral ne remplace pas
Le premier allié de la concentration reste le sommeil. Santé publique France relevait en 2019, à partir de son Baromètre santé 2017, un temps de sommeil moyen de 6 h 42 par 24 heures les jours de semaine chez les 18-75 ans (12 637 personnes interrogées), en dessous des 7 heures généralement conseillées aux adultes. Aucun exercice ne compense une dette de sommeil installée.

Viennent ensuite les pauses réelles, loin du poste, et l’organisation du travail : moins d’interruptions, des plages sans messagerie, des priorités clarifiées avec votre responsable. L’INRS rappelle que la prévention du stress passe d’abord par l’organisation du travail, pas par les seuls efforts individuels.
Enfin, si les oublis et les erreurs s’accompagnent d’un épuisement qui dure, d’un sommeil perturbé ou d’une envie de tout arrêter, ce n’est plus une question d’entraînement. Notre page sur la fatigue nerveuse et celle sur le stress chronique vous aident à faire le point.
Parlez-en à votre médecin traitant. Vous pouvez aussi solliciter vous-même le médecin du travail, sans passer par votre employeur : l’échange reste confidentiel. En cas de détresse, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 h/24 et 7 j/7.
Questions fréquentes
En résumé, un entraînement cérébral bien choisi est une pause active et agréable, à condition de ne pas lui demander plus qu’il ne peut donner. Votre concentration dépend d’abord de votre sommeil, de vos pauses et de l’organisation de votre travail.

Rédactrice · burn-out, arrêt de travail, stress au travail
Nora Girard suit le burn-out, l'arrêt de travail et le stress au travail : droits pendant l'arrêt, reprise, rôle du médecin du travail. Elle n'est pas médecin : ses articles s'appuient sur l'Assurance Maladie, l'INRS et la Haute Autorité de santé, et renvoient vers un professionnel de santé.


