Visite de préreprise : préparer votre retour après 30 jours
Rendez‑vous avec le médecin du travail pendant un arrêt qui excède 30 jours pour anticiper aménagements, reprise progressive ou reclassement.
Par Nora Girard
Si votre arrêt de travail dépasse 30 jours, vous pouvez demander une visite de préreprise auprès du médecin du travail. L’initiative peut venir de vous, de votre médecin traitant ou du médecin conseil de l’Assurance maladie ; cette visite prépare les conditions de votre reprise, par exemple un aménagement de poste ou une reprise progressive. La visite de reprise, elle, est organisée par l’employeur à votre retour et doit avoir lieu au plus tard dans les 8 jours suivant la reprise effective.
Qu’est‑ce qu’une visite de préreprise ?
La visite de préreprise est un rendez‑vous avec le médecin du travail pendant votre arrêt, lorsque celui‑ci dépasse 30 jours. Son but est d’anticiper et de préparer votre retour, en identifiant des aménagements, une reprise progressive, un changement de poste ou, si besoin, des pistes de reclassement. Elle est organisée par le service de prévention et de santé au travail, à la demande du salarié, de son médecin traitant ou du médecin conseil de l’Assurance maladie, lorsque l’arrêt excède 30 jours, comme le prévoit l’article R.4624‑29 du code du travail et la fiche du Ministère du Travail.
Ce n’est pas un contrôle disciplinaire, ni un examen de sanction. Le médecin du travail ne décide pas de prolonger ou d’arrêter votre arrêt maladie. Il n’émet pas de diagnostic clinique détaillé auprès de l’employeur. Il agit dans le cadre du secret médical et communique à l’entreprise, avec votre accord, des propositions d’adaptation en lien avec votre poste et votre santé. Son rôle est de favoriser le maintien dans l’emploi, pas de trancher des questions de soins.
Quand et qui peut la demander ?
La règle est claire : la visite de préreprise s’envisage pour « les salariés en arrêt de travail d’une durée supérieure à 30 jours » et peut être sollicitée par le salarié, son médecin traitant ou le médecin conseil, puis organisée par le médecin du travail. Concrètement, si votre arrêt va au‑delà d’un mois, vous pouvez enclencher la démarche sans attendre la date de reprise.
- Cas A — Arrêt longue durée pour maladie non professionnelle : vous contactez directement le service de prévention et de santé au travail de votre entreprise (coordonnées auprès des RH) ou vous demandez à votre médecin traitant de le saisir. Objectif : vérifier la compatibilité de votre poste avec votre état de santé et poser des options d’aménagement.
- Cas B — Après un accident du travail : la préreprise permet d’examiner des adaptations techniques, du matériel, un allègement de certaines tâches, voire une reprise progressive selon l’organisation du travail. Saisissez le médecin du travail tôt, pour que les préconisations soient prêtes le jour J.
- Cas C — Affection de longue durée (ALD) : la préreprise aide à construire une trajectoire réaliste, avec des aménagements durables, une éventuelle réorientation ou une formation si nécessaire. Le médecin du travail peut aussi vous orienter vers des acteurs du maintien dans l’emploi.
Dans tous les cas, vous pouvez solliciter la préreprise vous‑même, sans passer par l’employeur, et échanger en toute confidentialité avec le médecin du travail. Le secret médical s’applique ; seules des informations nécessaires à l’aménagement du travail sont partagées, et uniquement sous forme de recommandations professionnelles.
Visite de reprise : différences et délais
La visite de reprise est un autre rendez‑vous, effectué « le jour de la reprise effective ou, au plus tard, dans les 8 jours qui suivent la reprise », et organisé par l’employeur. Elle intervient après des arrêts qui ouvrent ce droit ou cette obligation, notamment après une maladie professionnelle, un congé maternité, un arrêt d’au moins 30 jours pour maladie ou accident, ou après un accident du travail selon les cas. Pour le détail des situations où la reprise est obligatoire, reportez‑vous à la fiche Service‑public, régulièrement mise à jour.
Différence clé : la préreprise a lieu pendant l’arrêt, à votre initiative ou à celle des médecins, pour préparer. La reprise a lieu quand vous revenez en poste, à l’initiative de l’employeur, dans un délai légal maximum de 8 jours suivant la reprise effective. Les deux rendez‑vous se complètent et fluidifient le retour.
Que peut décider le médecin du travail ?
À l’issue d’une préreprise, le médecin du travail peut formuler des préconisations en vue du retour : aménagement du poste ou des horaires, reprise progressive en lien avec l’organisation du travail, limitation de certaines tâches, recommandation de reclassement si le poste actuel est incompatible avec votre état. Lors de la visite de reprise, il peut rendre un avis d’aptitude avec ou sans réserves, ou engager, s’il y a lieu, la procédure d’inaptitude. L’aptitude ou l’inaptitude relèvent d’une appréciation médicale du médecin du travail.
Le médecin du travail n’impose pas un traitement et ne prolonge pas l’arrêt, qui relèvent de votre médecin traitant. Il est tenu au secret médical. Ses échanges avec l’employeur portent sur des mesures de prévention et d’organisation du travail. Ses recommandations servent de base au dialogue tripartite salarié‑employeur‑service de santé au travail pour trouver des solutions réalistes et respectueuses de votre santé, conformément aux repères publiés par le INRS et les fiches du Ministère du Travail.
Comment demander une visite de préreprise — démarches pas à pas
Voici un chemin simple, en trois temps.
- Contactez votre médecin traitant. Dites‑lui que votre arrêt dépasse 30 jours et demandez‑lui de saisir le médecin du travail pour une préreprise. Il peut transmettre les éléments utiles, avec votre accord.
- En parallèle, vous pouvez contacter directement le service de prévention et de santé au travail (SPST) de votre entreprise. Les coordonnées figurent souvent sur vos bulletins de paie, l’intranet, ou auprès des RH. Précisez votre identité, votre poste, la durée de l’arrêt et la date envisagée de reprise.
- Notez la date possible de fin d’arrêt et demandez une convocation écrite. Conservez vos justificatifs. Si vos contraintes de santé évoluent, prévenez le SPST avant le rendez‑vous.
Pièces utiles à avoir sous la main : vos arrêts de travail, un descriptif simple de votre poste et de vos principales tâches, les échanges RH éventuels sur l’organisation de votre retour. Vous choisissez si vous informez ou non votre employeur de votre démarche de préreprise. La saisine peut rester confidentielle jusqu’aux recommandations formalisées par le médecin du travail.
Pour demander la visite : contactez votre médecin traitant ou le service de prévention et de santé au travail (SPST) de votre entreprise.
Cas particuliers
Accident du travail. La préreprise peut être très utile pour adapter le poste et sécuriser le retour. Elle permet d’anticiper des aménagements techniques, des équipements, la reprise éventuelle sur un poste différent si nécessaire. Les guides pratiques du Ministère du Travail recommandent d’alerter tôt le médecin du travail afin que l’employeur ait le temps d’organiser les adaptations matérielles.
Salarié intérimaire. Même en contrat de travail temporaire, si votre arrêt dépasse 30 jours, une préreprise peut être sollicitée pour envisager les conditions d’un retour ou d’une nouvelle mission compatible avec votre santé, selon les repères diffusés par les services publics de référence. Contactez le service de santé au travail rattaché à votre entreprise de travail temporaire.
Arrêt de courte durée. Si votre arrêt est inférieur ou égal à 30 jours, la préreprise n’est pas prévue par les textes. En revanche, selon votre situation, vous pouvez solliciter un échange d’information avec le médecin du travail ou demander qu’une visite de reprise soit bien planifiée le cas échéant, sur les cas où elle est obligatoire.
Reprise anticipée. Si votre médecin traitant met fin à l’arrêt avant la date initiale, signalez rapidement la date de retour à l’employeur pour que la visite de reprise, lorsqu’elle est due, soit réalisée le jour de la reprise ou dans les 8 jours.
Si l’employeur n’organise pas la visite de reprise dans les délais lorsqu’elle est obligatoire, relancez‑le par écrit et contactez le médecin du travail pour signaler votre situation. Vous pouvez aussi vous référer aux démarches indiquées par le Ministère du Travail et Service‑public.
Ce que cela change pour vous
La préreprise met tout le monde autour de la table, de façon confidentielle et sécurisée, avant votre retour. Elle augmente les chances d’un retour soutenable, car les contraintes du poste, vos capacités du moment et les marges d’organisation sont discutées en amont. Des issues fréquentes sont possibles : horaires adaptés, tâches allégées, priorité à certaines missions, reprise progressive selon l’organisation du travail, accompagnement vers une formation interne, voire proposition de reclassement lorsque le poste initial demeure incompatible.
Gardez en tête ses limites. Le médecin du travail émet des recommandations médicales et organisationnelles. Il n’a pas de pouvoir d’injonction générale sur l’employeur. Les mesures se construisent dans le dialogue social et dans le cadre des obligations de prévention de l’entreprise. En pratique, ses avis pèsent, car ils s’appuient sur les exigences du poste et votre état de santé, avec la finalité de prévention et de maintien dans l’emploi rappelée par l’INRS et le Ministère du Travail.
À qui vous adresser
- Votre médecin traitant. C’est votre interlocuteur médical principal. Il peut déclencher la saisine du médecin du travail pour une préreprise et échanger, avec votre accord, les informations utiles.
- Le médecin du travail / le SPST de votre entreprise. Vous pouvez le contacter directement pour demander une préreprise, sans passer par votre employeur. Le secret médical s’applique.
- Votre employeur ou le service RH. À informer si vous le souhaitez pour fluidifier l’organisation pratique du retour et des aménagements, surtout après la préreprise.
- Le Service‑public.fr et le Ministère du Travail pour les règles, délais et cas où la visite de reprise est obligatoire.
Si vous allez très mal, ne restez pas seul. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit, confidentiel et joignable 24 h/24 et 7 j/7. Votre médecin traitant ou votre médecin du travail peuvent aussi vous recevoir : cette démarche ne passe pas par votre employeur.
Repère de fiabilité : tous les éléments réglementaires cités ici ont été relevés sur des sources publiques officielles et. En cas de doute sur votre situation, vérifiez la dernière version des textes sur Légifrance ou les fiches des sites officiels mentionnés.
Questions fréquentes
Puis‑je demander une préreprise si mon arrêt est exactement de 30 jours ?
Non. Le texte vise les arrêts « d’une durée supérieure à 30 jours » pour la préreprise, à l’initiative du salarié, du médecin traitant ou du médecin conseil, organisée par le médecin du travail. Référence : article R.4624‑29 du code du travail, et fiche du Ministère du Travail.
Le médecin du travail peut‑il me mettre en arrêt ou l’arrêter ?
Non. Les arrêts de travail relèvent de votre médecin traitant ou du médecin conseil. Le médecin du travail émet des avis et recommandations liés au poste et peut se prononcer sur l’aptitude, notamment lors de la visite de reprise, dans le cadre de l’article R.4624‑31 et des fiches Service‑public.fr.
Que faire si je ne reçois pas de convocation pour la préreprise ou la reprise ?
Pour la préreprise, recontactez votre SPST ou votre médecin traitant afin de confirmer la demande. Pour la reprise, si la visite est obligatoire et n’est pas organisée dans les 8 jours suivant votre retour, alertez votre employeur et informez le médecin du travail ; appuyez‑vous sur la fiche Service‑public.fr.
La préreprise garantit‑elle un aménagement de poste à mon retour ?
Elle ne le « garantit » pas. Elle produit des recommandations médicales et professionnelles qui servent de base au dialogue avec l’employeur pour rechercher des solutions adaptées. Référez‑vous aux repères publiés par l’INRS et le Ministère du Travail.
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Rédactrice · burn-out, arrêt de travail, stress au travail
Nora Girard suit le burn-out, l'arrêt de travail et le stress au travail : droits pendant l'arrêt, reprise, rôle du médecin du travail. Elle n'est pas médecin : ses articles s'appuient sur l'Assurance Maladie, l'INRS et la Haute Autorité de santé, et renvoient vers un professionnel de santé.


