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Stress au travail

Bore‑out : reconnaître et agir cette semaine

Souffrance au travail due à l'ennui, sous‑stimulation ou mise au placard. Repères et prévention, pistes concrètes d'action.

Nora Girard

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· 10 min de lecture

Bore‑out : reconnaître et agir cette semaine
Photo Walls.io / Unsplash

Le bore out désigne une souffrance professionnelle liée à l’ennui, la sous‑stimulation ou la mise à l’écart au travail. Ce n’est pas un diagnostic médical officiel distinct du burn‑out, mais une réalité vécue dans certaines organisations. Voici comment le repérer et surtout quoi faire, concrètement, cette semaine.

Réponse courte : qu’est‑ce que le « bore‑out » ?

Le bore‑out est une situation de mal‑être au travail provoquée par le manque chronique de tâches utiles ou stimulantes, la mise « au placard » ou des missions vides de sens. Les autorités françaises le classent parmi les concepts émergents voisins du burn‑out, sans statut clinique autonome ; le burn‑out, lui, est reconnu comme phénomène lié au travail dans la CIM‑11 de l’OMS. Repères et prévention sont détaillés par l’INRS et le Ministère du Travail.

Si votre situation s’aggrave, voyez rapidement un médecin. En cas de détresse, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, joignable 24 h/24 et 7 j/7.

Origine et statut du concept

Le terme « bore‑out » a été popularisé en 2007 par les consultants suisses Peter Werder et Philippe Rothlin, qui décrivaient l’épuisement par ennui et sous‑charge. En France, le débat public a repris ces idées pour éclairer des situations d’isolement, d’assignation à des tâches sans enjeu ou de désajustement chronique entre compétences et missions.

Côté institutions, l’INRS a publié une analyse critique qui démêle les idées reçues et propose des repères de prévention organisationnelle. Le Ministère du Travail classe le bore‑out parmi les concepts émergents, proches des risques psychosociaux, sans reconnaissance médicale ou juridique propre. À l’inverse, le burn‑out est défini par l’OMS comme un phénomène lié au travail dans la CIM‑11. En pratique, l’évaluation relève des acteurs de santé et de la prévention en entreprise, pas d’un auto‑diagnostic.

Signes, exemples et situations types (repères non cliniques)

Quelques situations professionnelles reviennent souvent dans les témoignages et analyses :

  • Sous‑stimulation durable malgré une présence normale au poste ; journées remplies d’attente ou d’occupation artificielle.
  • Tâches en trompe‑l’œil : produire des livrables non utilisés, activités sans enjeu ni destinataire clair.
  • Mise à l’écart après une réorganisation, retrait progressif des dossiers, interdépendances coupées.
  • Tâches très en‑deçà des compétences, routinières et fragmentées, sans perspective d’évolution.
  • Exclusion des réunions clés, absence d’objectifs formalisés, charge de travail affichée mais vide réelle.

Ces repères ne sont pas un test ni un diagnostic. Ils servent à documenter votre vécu et à déclencher les bons échanges, notamment avec le médecin du travail. L’INRS rappelle que la prévention est d’abord organisationnelle : clarification des missions, charge adaptée, reconnaissance et marges de manœuvre.

Signes d’alerte à ne pas ignorer, sans prétendre poser un diagnostic : détresse qui s’installe, troubles du sommeil ou de l’appétit, anxiété tournée vers le travail, sentiment d’inutilité ou de dévalorisation qui gagne votre vie personnelle. Si vous vous reconnaissez, parlez‑en à votre médecin traitant ou au médecin du travail.

Ce que dit la loi et quels sont vos droits (démarches concrètes)

L’employeur a une obligation générale de sécurité et de prévention des risques pour la santé physique et mentale des salariés. Les principes généraux de prévention et l’évaluation des risques (notamment via le DUERP) s’imposent à lui selon l’article L4121‑1 du code du travail et suivants. La prévention des risques psychosociaux ne peut pas se réduire à des gadgets ; elle implique des mesures d’organisation du travail, d’information et de formation.

En cas de souffrance au travail, vous pouvez consulter votre médecin traitant. Il peut proposer un arrêt si nécessaire. En parallèle, vous pouvez saisir directement le médecin du travail, sans passer par votre hiérarchie ; l’échange est couvert par le secret médical. Après un arrêt d’au moins 30 jours, une visite de préreprise peut être organisée à votre demande, à celle de votre médecin traitant ou de la caisse (art. R.4624‑29). Au retour, une visite de reprise s’impose dans certains cas, notamment après un arrêt pour maladie professionnelle ou longue maladie (art. R.4624‑31).

Pour l’indemnisation en cas d’arrêt maladie, vous pouvez percevoir des IJSS après un délai de carence de 3 jours. Leur base de calcul est de 50 % de votre salaire journalier de base, avec un plafond journalier et des durées maximales encadrées. Selon votre ancienneté, un maintien de salaire par l’employeur peut s’ajouter (art. L1226‑1). Les règles pratiques sont synthétisées par service‑public ; valeursà vérifier avant action. Prévenez votre employeur dans les 48 heures ; en cas de manquements répétés, les IJSS peuvent être réduites (références service‑public).

Si une reconnaissance en maladie professionnelle est envisagée, sachez que le burn‑out n’apparaît dans aucun tableau. Une reconnaissance hors tableau est possible à titre exceptionnel via l’article L.461‑1 du code de la sécurité sociale, avec des critères stricts (notamment un taux d’IPP potentiellement exigé et l’avis d’un comité). Chaque dossier est au cas par cas et aucune issue ne peut être présumée.

Du côté de vos projets, le conseil en évolution professionnelle (CEP) est un droit gratuit et ouvert à tous les actifs (art. L6111‑6). Il est utile si vous réfléchissez à une mobilité interne, un changement de poste ou une reconversion. Un bilan de compétences, défini à l’article L6313‑1, peut aussi vous aider à clarifier vos atouts et pistes ; il dure au maximum 24 heures (art. L6313‑4 et suivants) et son document de synthèse vous appartient, non transmissible à l’employeur sans votre accord écrit (art. L6313‑4 et R6313‑7). Pour le financer, le CPF prévoit un plafond spécifique et des règles d’accès précisées sur moncompteformation ; vérifiez les montants et éventuelles participations en vigueur au moment de votre démarche.

Que faire cette semaine : étapes concrètes et prioritaires

  • Si vous êtes en danger immédiat ou en détresse, appelez le 15 ou le 112, ou le 3114. Cela permet une mise en sécurité et une orientation adaptée.
  • Prenez rendez‑vous avec votre médecin traitant. Il évalue la situation, peut proposer un arrêt si nécessaire et, le cas échéant, orienter vers le médecin du travail.
  • Contactez le médecin du travail de votre entreprise. Vous pouvez solliciter une visite à votre initiative, sous secret médical ; objectif : analyser l’adéquation poste/santé et envisager des aménagements.
  • Rassemblez des éléments factuels sur votre travail. Exemples : fiches de poste, échanges d’objectifs, agendas montrant des plages sans charge réelle, mails de retrait de dossiers. L’objectif est de rendre visibles les conditions de travail et de préparer un échange RH, si vous l’estimez sécurisé.
  • Demandez un point avec votre manager ou les RH pour clarifier missions, objectifs, marges de manœuvre. Préparez une proposition concrète de redéfinition de tâches ou de charge, si vous en avez une. La prévention passe souvent par l’ajustement organisationnel.
  • Si vous envisagez une reconversion ou un départ, prenez d’abord un CEP. Le CEP est gratuit et vous éclaire sur les dispositifs : projet de transition professionnelle, VAE, formations certifiantes, ou, à terme, le dispositif « démission‑reconversion » qui impose un passage préalable par le CEP puis une validation par Transitions Pro avant toute démission (art. L5422‑1‑1). Vous pourrez ensuite, si nécessaire, vous rapprocher de France Travail pour la suite de parcours.
  • Si vous êtes en arrêt, respectez les délais d’envoi et renseignez‑vous sur vos droits aux IJSS et éventuel maintien de salaire. Référez‑vous à la fiche service‑public ; valeurs.

Cas particuliers

Salarié « au placard ». Documentez la situation semaine après semaine : missions reçues, temps sans charge, réunions dont vous êtes écarté. Saisissez le médecin du travail pour évaluer les aménagements possibles et, si besoin, échangez avec les RH sur un repositionnement. En cas de blocage, vous pouvez alerter l’inspection du travail. Gardez des traces écrites de vos demandes d’ajustement.

Arrêt prolongé. Au‑delà de 30 jours d’arrêt, vous pouvez solliciter une visite de préreprise (art. R.4624‑29). Elle sert à préparer le retour, envisager des aménagements, une reprise progressive ou une réorientation de poste. À la reprise effective, une visite peut être obligatoire selon la nature et la durée de l’arrêt (art. R.4624‑31).

Reconversion envisagée. Le parcours sécurisé est le suivant : d’abord un CEP gratuit (art. L6111‑6), puis le montage d’un projet solide, éventuellement un projet de transition professionnelle porté par Transitions Pro qui peut financer une formation certifiante avec maintien de rémunération sous conditions d’ancienneté, ou le dispositif « démission‑reconversion » qui exige la validation préalable du caractère réel et sérieux par la commission régionale de Transitions Pro avant toute démission (art. L5422‑1‑1). Un bilan de compétences peut éclairer vos choix ; sa durée est plafonnée à 24 heures (art. L6313‑4).

À qui vous adresser

  • Médecin traitant. Il évalue votre état de santé et peut recommander un arrêt si nécessaire. C’est votre interlocuteur de premier recours.
  • Médecin du travail. Vous pouvez le contacter directement. Il agit sous secret médical et peut proposer des aménagements, un changement de poste ou une reprise progressive.
  • Conseil en évolution professionnelle (CEP). Gratuit et ouvert à tous les actifs selon l’article L6111‑6. Pour les cadres, l’APEC. Pour les demandeurs d’emploi, France Travail. Pour les personnes en situation de handicap, Cap emploi. Pour les salariés, un opérateur régional dédié.
  • Transitions Pro (projet de transition professionnelle, validation « démission‑reconversion »). Vous déposez les dossiers au niveau régional, après un CEP.
  • 3114. Numéro national de prévention du suicide, 24 h/24 et 7 j/7. À utiliser si vous traversez une détresse émotionnelle.

Si vous allez très mal, ne restez pas seul. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit, confidentiel et joignable 24 h/24 et 7 j/7. Votre médecin traitant ou votre médecin du travail peuvent aussi vous recevoir : cette démarche ne passe pas par votre employeur.

Pour suivre vos droits en cas d’arrêt, appuyez‑vous sur service‑public. Pour des repères sur les risques psychosociaux et la prévention, consultez l’INRS et le Ministère du Travail. Pour un projet professionnel, rapprochez‑vous d’France Travail et de votre conseiller CEP. Pour les aspects juridiques de la prévention, l’article L4121‑1 du code du travail encadre les obligations de l’employeur. Pour une éventuelle demande de maladie professionnelle, voyez l’article L.461‑1 du code de la sécurité sociale.

Questions fréquentes

Le bore‑out est‑il reconnu juridiquement comme une maladie professionnelle séparée du burn‑out ?

Non. Le bore‑out n’a pas de statut clinique autonome et le burn‑out ne figure dans aucun tableau de maladies professionnelles. Une reconnaissance au cas par cas est possible sous conditions strictes via l’article L.461‑1 du code de la sécurité sociale, après avis d’un comité.

Puis‑je contacter le médecin du travail sans prévenir mon employeur ?

Oui. Vous pouvez le saisir directement. L’échange est couvert par le secret médical et peut déboucher sur des aménagements, une reprise progressive ou des recommandations d’organisation.

Un bilan de compétences peut‑il m’aider si je vis un bore‑out ?

Oui, pour clarifier vos atouts et pistes de mobilité. Le bilan est défini à l’article L6313‑1, dure au maximum 24 heures (L6313‑4 et suivants) et sa synthèse vous appartient ; elle n’est transmise à l’employeur qu’avec votre accord écrit.

Quels délais et indemnités en cas d’arrêt lié à une souffrance au travail ?

Les IJSS démarrent après 3 jours de carence, à 50 % du salaire journalier de base, avec un plafond et une durée maximale. Selon votre ancienneté, un maintien de salaire légal peut s’ajouter (art. L1226‑1). Référez‑vous aux montants et modalités décrits par service‑public, valeurs.

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Nora Girard

Rédactrice · burn-out, arrêt de travail, stress au travail

Nora Girard suit le burn-out, l'arrêt de travail et le stress au travail : droits pendant l'arrêt, reprise, rôle du médecin du travail. Elle n'est pas médecin : ses articles s'appuient sur l'Assurance Maladie, l'INRS et la Haute Autorité de santé, et renvoient vers un professionnel de santé.

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