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Stress au travail

Faire du sport en entreprise pour tenir un objectif santé à plusieurs

Faire du sport en entreprise : écrire un objectif santé qui tient, pourquoi le groupe aide (−26 % de stress mesuré), et 200,25 € par salarié hors cotisations en 2026.

Nora Girard

Par

· 10 min de lecture

Faire du sport en entreprise pour tenir un objectif santé à plusieurs
Photo TheOtherKev / Pixabay

Lundi, 12 h 40. Vous mangez devant l’écran en vous promettant de « vous remettre au sport », comme en janvier, comme en septembre. Faire du sport en entreprise change la donne pour une raison bête : le créneau est fixé par d’autres que vous, et des collègues vous attendent. En Gironde, Hopopope propose ainsi aux CSE et aux RH un dispositif de sport en entreprise gratuit, avec plus de 600 cours par semaine dans des clubs du coin et des coachs qui viennent dans les locaux.

Ma position, d’entrée : un objectif de santé au travail se tient à plusieurs, ou il ne se tient pas. À condition de l’écrire correctement. Et de ne pas lui demander de régler ce qui relève de l’organisation du travail.

Pourquoi l’objectif « me remettre au sport » ne tient pas

Côté santé, le repère officiel existe, et il est modeste. L’OMS demande aux adultes 150 à 300 minutes d’activité d’endurance modérée par semaine, plus du renforcement musculaire deux jours par semaine. Une demi-heure de marche rapide, cinq jours sur sept, et vous êtes dans la fourchette basse.

Et pourtant, l’ANSES a mis un chiffre dessus en février 2022 : 95 % des adultes français sont exposés à un risque pour leur santé, faute de bouger assez ou à force de rester assis. 38 % passent plus de huit heures par jour assis ou allongés, hors sommeil. Chez les femmes, 70 % restent sous tous les seuils d’activité utiles, contre 42 % des hommes. Ce n’est pas une affaire de volonté individuelle : c’est un chiffre de masse.

Le problème n’est donc pas de savoir quoi faire. C’est que « bouger plus » n’a ni jour, ni heure, ni témoin. Sur le papier, tout le monde veut s’y mettre. Dans les faits, l’agenda gagne presque toujours, et la réunion de 18 h passe avant la séance que personne n’attend.

Un objectif qui tient a un jour, une heure et quelqu’un qui vous attend

La psychologie a un nom pour ce qui marche : l’intention de mise en œuvre. Au lieu de « je vais faire du sport », on écrit « si c’est mardi 12 h 15, alors je descends au cours de renforcement avec ma voisine de bureau ». Peter Gollwitzer et Paschal Sheeran ont rassemblé 94 tests indépendants de cette méthode en 2006. Le plan « si… alors… » améliore nettement l’atteinte des objectifs, avec un effet jugé moyen à fort.

Le même objectif, écrit deux fois
Objectif vague

« Me remettre au sport à la rentrée. »

Jour : aucun
Heure : aucune
Lieu : à voir
Quelqu’un vous attend : personne
Objectif tenu

« Si c’est mardi 12 h 15, je rejoins le cours de renforcement à 400 m du bureau, avec ma voisine de bureau. »

Jour : mardi
Heure : 12 h 15
Lieu : 400 m
Quelqu’un vous attend : oui
Méthode des intentions de mise en œuvre (plans « si… alors… »), méta-analyse de Gollwitzer et Sheeran, 2006, 94 tests indépendants.

Le jour et l’heure, d’abord. Un créneau fixe chaque semaine, pas « quand j’aurai le temps ». Ensuite le lieu, le plus près possible du bureau : chaque quart d’heure de trajet est une excuse de plus. Enfin la personne qui attend. C’est le point que tout le monde sous-estime. Une séance qu’on peut annuler sans prévenir personne finit annulée.

Ce que le groupe change vraiment, et ce qu’il ne change pas

L’étude la plus citée sur le sujet date de 2017. Dans le Journal of the American Osteopathic Association, Dayna Yorks et deux collègues ont suivi 69 étudiants en médecine pendant douze semaines. Ceux qui s’entraînaient en cours collectif ont vu leur stress perçu baisser de 26 %. Ceux qui s’entraînaient seuls ont fourni plus d’effort, sans baisse notable de leur stress.

Douze semaines en cours collectif : ce qui a bougé
Stress perçu−26 %
Qualité de vie mentale+12,6 %
Qualité de vie physique+24,8 %
Qualité de vie émotionnelle+26 %
Groupe « seul » : plus d’effort fourni, pas de baisse notable du stress.
Yorks, Frothingham et Schuenke, Journal of the American Osteopathic Association, 2017. 69 étudiants en médecine, formule choisie par eux-mêmes.

Je lis ce chiffre avec son effectif : 69 étudiants, qui ont choisi eux-mêmes leur formule. Ce ne sont pas des salariés de 45 ans, et les plus attirés par le groupe sont sans doute allés au groupe. Le résultat donne une direction. Pas une garantie.

Une méta-analyse plus large, publiée en 2006 par Shauna Burke, Albert Carron et trois collègues, apporte la nuance qui m’intéresse le plus. Sur 44 études, s’entraîner dans un vrai groupe, avec des objectifs communs et des visages qui reviennent, fait mieux qu’un cours collectif ordinaire. Et ce cours ordinaire ne fait pas mieux qu’un entraînement à la maison avec un suivi.

Groupe de femmes en cours de yoga en plein air sur des tapis, bras levés, face à une animatrice, au pied d'une falaise calcaire
Un cours collectif en plein air : l’effet tient moins à la discipline qu’aux visages qui reviennent d’une semaine à l’autre. Photo janeb13 / Pixabay.

Autrement dit, un cours où personne ne se connaît ne vaut pas mieux qu’une séance seul dans son salon. Ce qui compte, c’est la petite bande qui revient chaque mardi et remarque votre absence. Si votre entreprise lance une offre sportive, demandez des groupes stables, pas un catalogue où chacun pioche une fois.

Le saviez-vous ?

Jusqu’en 2020, l’OMS ne comptait que les séances d’au moins 10 minutes. Ses lignes directrices de 2020 ont supprimé ce seuil : toute activité compte, même trois étages montés à pied entre deux réunions. Le cours collectif du mardi reste le pilier, mais les petites marches du reste de la semaine entrent aussi dans les 150 minutes.

Trois façons de faire du sport en entreprise, et celle que je choisirais

Sur la plaquette RH, toutes les offres se ressemblent. Dans les faits, il n’en existe que trois familles, et elles ne font pas tenir un objectif de la même façon.

Mon choix
Le coach dans les locaux

Pour : zéro trajet, un créneau dans l’agenda de toute l’équipe, toujours les mêmes têtes.

Limite : il faut une salle libre, et une seule discipline à la fois.

Très bien à deux
Les cours d’essai dans des clubs proches

Pour : un choix large pour trouver l’activité qui plaît vraiment.

Limite : chacun part de son côté si personne n’organise de binômes.

Je la déconseille
L’abonnement individuel en salle

Pour : liberté totale d’horaires.

Limite : personne ne vous attend, et l’URSSAF ne le traite pas comme un cours collectif.

Mon choix va au créneau collectif fixe, au même endroit, avec les mêmes collègues. Le coach dans les locaux l’emporte pour une équipe très sédentaire, parce qu’il supprime l’excuse du trajet. La liberté totale d’horaires, elle, est précisément ce qui fait sauter les séances.

À mes yeux, les formules qui combinent les deux sont les plus justes. Hopopope, par exemple, propose aux entreprises d’inviter des coachs pour du cardio, de la mobilité, de la relaxation ou du renforcement, et donne accès en parallèle aux cours d’essai de plus de 250 associations girondines. Une séance au bureau pour lancer la bande, un club voisin pour les plus mordus ensuite.

Deux joueuses de volley-ball en maillot bleu et genouillères se tenant la main sur le parquet d'un gymnase
Dans un sport d’équipe, une absence se voit tout de suite. C’est exactement ce qui fait revenir la semaine suivante. Photo KeithJJ / Pixabay.

Qui paie quoi, entre le CSE et l’employeur

Première question à poser, toujours : qui paie ? Deux portes existent, et elles ne se confondent pas.

Le CSE, d’abord. Ses activités sociales et culturelles comprennent noir sur blanc « l’organisation sportive », selon l’article R2312-35 du Code du travail. Les élus peuvent donc financer des cours, un tournoi ou une équipe d’entreprise sur ce budget.

L’employeur, ensuite. L’URSSAF ne compte pas comme un avantage en nature la mise à disposition d’équipements sportifs collectifs. Elle exclut aussi des cotisations le financement de cours collectifs ou d’événements sportifs ouverts à tous les salariés, jusqu’à 5 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale, par salarié et par an. En 2026, ce plafond vaut 4 005 €. La limite tombe donc à 200,25 € par salarié.

Enveloppe annuelle de sport collectif hors cotisations, en 2026
10 salariés2 002,50 €
25 salariés5 006,25 €
50 salariés10 012,50 €
Calcul : 5 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale 2026 (4 005 €), soit 200,25 € par salarié et par an, multiplié par l’effectif. Source : Bulletin officiel de la sécurité sociale, avantages en nature, et arrêté du 22 décembre 2025.

Attention au piège : l’abonnement individuel à une salle n’entre pas dans cette tolérance. Un employeur qui veut rester dans les clous finance du collectif. Ça tombe bien, c’est aussi ce qui fait tenir les objectifs.

Quand la formule ne coûte rien à l’entreprise, comme chez Hopopope, le budget cesse d’être l’excuse. Reste la question que je pose à chaque fois : combien de salariés y vont encore le troisième mois ? Une offre que personne n’utilise est un affichage, pas une politique.

Ce que le sport en entreprise ne réglera pas

Je le dis franchement, parce que ce site parle souvent d’épuisement : une séance par semaine ne compense ni une surcharge de travail, ni des objectifs impossibles, ni un management qui use. L’INRS est net là-dessus. La prévention du stress passe d’abord par une démarche collective, centrée sur l’organisation du travail, avant les solutions individuelles.

Une hygiène de vie qui tient, des collègues qu’on recroise ailleurs qu’en réunion : c’est déjà ça. Ça ne remplace pas une discussion sur la charge. Vous dormez mal depuis des semaines, le dimanche soir vous serre la gorge ? La bonne porte est le médecin du travail ou votre médecin traitant. Pas le cours de cardio du jeudi.

Côté élus et RH, je vois revenir le même scénario : une offre sportive lancée l’année où les arrêts grimpent, et rien d’autre. Les salariés le sentent tout de suite. Proposez le sport en plus d’un chantier sur l’organisation, jamais à sa place.

Questions fréquentes

Combien de sport faut-il faire par semaine pour sa santé ?

L’OMS recommande aux adultes 150 à 300 minutes d’activité d’endurance modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’activité soutenue, plus du renforcement musculaire au moins deux jours par semaine.

Le CSE peut-il financer des cours de sport ?

Oui. L’article R2312-35 du Code du travail range « l’organisation sportive » parmi les activités sociales et culturelles du CSE. Cours, tournois ou équipe d’entreprise peuvent passer sur ce budget.

Un cours de sport offert par l’employeur est-il soumis à cotisations ?

Non, s’il s’agit de cours collectifs ou d’événements ouverts à tous les salariés, dans la limite de 200,25 € par salarié et par an en 2026 (5 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale). Un abonnement individuel en salle ne bénéficie pas de cette tolérance.

Le sport en groupe réduit-il le stress au travail ?

Il peut l’atténuer : dans une étude de 2017 sur 69 étudiants en médecine, le stress perçu a baissé de 26 % en douze semaines de cours collectif. Il ne remplace pas la prévention sur l’organisation du travail ; si le stress dure, parlez-en au médecin du travail.

Si vous ne faites qu’une chose cette semaine : choisissez un créneau, trouvez un collègue, et écrivez dans votre agenda partagé la phrase « si c’est mardi à 12 h 15, alors j’y vais avec lui ». Vous êtes élu du CSE ? Inscrivez le sport collectif à l’ordre du jour de la prochaine réunion, avec un objectif de fréquentation chiffré à trois mois.

Sources
Organisation mondiale de la santé, Lignes directrices sur l’activité physique et la sédentarité, 2020
ANSES, avis relatif à l’évaluation des risques liés aux niveaux d’activité physique et de sédentarité des adultes, publié le 15 février 2022
Gollwitzer P. M. et Sheeran P., « Implementation intentions and goal achievement: a meta-analysis of effects and processes », Advances in Experimental Social Psychology, 2006
Yorks D. M., Frothingham C. A. et Schuenke M. D., « Effects of group fitness classes on stress and quality of life of medical students », Journal of the American Osteopathic Association, 2017
Burke S. M., Carron A. V., Eys M. A., Ntoumanis N. et Estabrooks P. A., « Group versus individual approach? A meta-analysis of the effectiveness of interventions to promote physical activity », Sport & Exercise Psychology Review, 2006
Code du travail, article R2312-35 (Légifrance)
Bulletin officiel de la sécurité sociale, rubrique avantages en nature (activités sportives), et arrêté du 22 décembre 2025 fixant le plafond de la sécurité sociale pour 2026
INRS, dossier « Stress au travail », démarche de prévention
Hopopope, pages « CSE et RH », accueil et FAQ, consultées le 1er octobre 2026
Photo d’ouverture : TheOtherKev / Pixabay

Nora Girard

Rédactrice · burn-out, arrêt de travail, stress au travail

Nora Girard suit le burn-out, l'arrêt de travail et le stress au travail : droits pendant l'arrêt, reprise, rôle du médecin du travail. Elle n'est pas médecin : ses articles s'appuient sur l'Assurance Maladie, l'INRS et la Haute Autorité de santé, et renvoient vers un professionnel de santé.

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